Le cacao ghanéen vient de franchir un cap discret mais décisif. Depuis le 20 août 2026, la Cocoa Marketing Company opère à Tema en mode continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Une décision qui peut sembler anodine de l’extérieur, mais qui change fondamentalement la mécanique d’une filière dont chaque heure perdue se traduit en millions perdus.
Le dispositif repose sur trois engrenages complémentaires. Le premier, baptisé « Offload 24 », prolonge au-delà des horaires de bureau la réception des fèves en provenance des compagnies acheteuses agréées, évitant que les camions arrivés en fin de journée ne passent la nuit dans les files d’attente des centres de reprise de Tema, Kumasi et Takoradi. Le deuxième, « Load 24 », assure un approvisionnement continu des usines locales de transformation, dont les chaînes de production n’ont pas à marquer de pause faute de matière première. Le troisième, « Export 24 », aligne enfin la préparation des cargaisons d’exportation — inspection, empotage, scellage, documentation — sur les horaires réels des navires et des opérations portuaires, plutôt que sur des horaires administratifs décalés par rapport aux réalités du commerce maritime mondial.
Le directeur général de la CMC, Wisdom Kofi Dogbey, a formulé la philosophie de cette réforme avec une franchise qui dit tout : le monde ne s’arrête pas à seize ou dix-sept heures, et l’ambition cacaoyère du Ghana non plus. Une phrase simple, mais qui pointe une absurdité que la filière vivait depuis trop longtemps : des navires qui attendent, des surestaries qui s’accumulent, des camions immobilisés dans des files qui auraient pu être évitées, le tout parce que les horaires des hommes ne coïncidaient pas avec ceux du commerce international.
La solution retenue est organisationnelle avant d’être technologique. Pas de journées continues épuisantes pour les salariés, mais un système d’équipes successives qui maintient la chaîne en mouvement sans sacrifier les conditions de travail du personnel. Dogbey l’a dit avec une métaphore qui parle à tout logisticien : une chaîne ne va pas plus vite que son maillon le plus lent.
Premier producteur mondial de cacao avec la Côte d’Ivoire, le Ghana n’a pas le luxe de se laisser distancer par des inefficacités opérationnelles que ses concurrents ont depuis longtemps corrigées. Cette réforme de bon sens, lancée dans la discrétion d’un entrepôt portuaire de Tema, pourrait bien produire des effets bien au-delà des quais.
