La mer Rouge n’a pas encore retrouvé sa sérénité d’avant-crise, mais elle respire un peu mieux. Le canal de Suez enregistre depuis quelques semaines une remontée de son trafic et de ses recettes qui redonne des couleurs à l’Égypte, dont les finances publiques ont été durement éprouvées par les détournements massifs vers la route du cap de Bonne-Espérance. Pourtant, un incident survenu ce jeudi 21 août au large du Yémen vient rappeler avec brutalité que la normalisation est encore loin d’être acquise.
Six hommes armés ont pris le contrôle du pétrolier Sibu 1, anciennement baptisé Seamull, avant de le diriger vers les côtes somaliennes. Un acte de piraterie classique dans sa forme, mais lourd de sens dans son timing : il intervient au moment précis où les opérateurs maritimes commençaient à reparler prudemment d’un retour progressif à la route de Suez, après des mois de contournement par l’Afrique australe imposé par les attaques des Houthis yéménites contre les navires commerciaux en mer Rouge.
Les chiffres de Lloyd’s List Intelligence traduisent cette hésitation collective entre reprise et prudence. Sur la période allant du 20 juillet au 16 août 2026, 1 088 passages ont été comptabilisés dans le canal, contre 1 070 au cours des quatre semaines précédentes. Une progression réelle, mais qui dissimule mal l’ampleur du chemin restant à parcourir : ces volumes demeurent inférieurs de 41 % aux niveaux qui prévalaient avant l’escalade des tensions en mer Rouge. Autrement dit, plus d’un tiers du trafic habituel reste encore détourné, avec les surcoûts logistiques considérables que cela implique pour les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Du côté des recettes égyptiennes, le soulagement est néanmoins perceptible. Le deuxième trimestre 2026 a généré 1,26 milliard de dollars de revenus pour le canal, soit une progression de 13 % par rapport aux trois mois précédents. Une amélioration bienvenue pour Le Caire, dont la dépendance aux recettes du canal constitue l’un des piliers les plus sensibles de l’équilibre budgétaire national.
Mais ni les statistiques encourageantes ni les déclarations rassurantes ne peuvent effacer la réalité géopolitique qui pèse sur cette route maritime vitale : tant que les tensions au Moyen-Orient ne seront pas durablement apaisées et que la piraterie somalienne continuera de montrer des signes de résurgence, le canal de Suez restera une voie dont le potentiel commercial est otage de forces que les armateurs ne maîtrisent pas. La route de Suez est en train de se relever. Elle n’est pas encore debout.
